Biographie

La vie de Joseph-Francis Rock ( 1884-1962 )

Joseph-Francis Rock est né à Vienne le 13 janvier 1884. Il s’appelait en fait Joseph-Franz Rock. Son père était le concierge d’un noble polonais, le comte Potocki, un très riche aristocrate qui menait une vie fastueuse...


Rock perdit sa mère Francesca à l’âge de six ans. Son père, un homme sombre et âgé, organisa un culte funéraire bizarre autour de sa mère défunte. Il obligea le petit Rock à embrasser son corps le jour de ses obsèques puis traîna son fils au cimetière pour un oui ou pour un non, même le jour de Noêl. Rock fut très malheureux et ne trouva l’évasion que dans les livres. Il se sentait humilié par sa condition sociale.  Mais à l’âge de treize ans, il parvint à voler une méthode de chinois dans le bureau du comte Potocki. Il l’étudia en cachette le soir à la lueur de sa bougie. Son père le découvrit mais Rock ne renonça pas, si bien qu’à sa majorité, il réussit à faire publier son propre manuel de chinois.
Il était très doué pour les langues. Sa mère lui avait appris le hongrois, et, lors d’un voyage en Egypte où le Comte Potocki l’avait emmené avec son père, il réussit à parler l’arabe en un mois. Au collège, il apprit l’hébreu, le grec et le latin. Son père voulait qu’il devienne prêtre, pas lui. Pour le contrer, il ne travailla plus au collège, obtint de mauvaises notes et fit plusieurs fugues. A sa majorité, comme son père voulait à tout prix qu’il devienne prêtre, il quitta Vienne définitivement et ne revit jamais son père, qui mourut peu après.
Rock avait aussi une soeur, Lina, de sept ans son aînée, qu’il n’abandonna jamais. Il resta aussi très lié à son neveu, Robert Koch.
Rock devint un errant sur les routes d’Europe. Il survécut grâce à de petits boulots et fint par contracter la tuberculose. A Anvers, un jour qu’il sortait d’un hospice où il était allé se faire soigner, il prit un billet de train pour Aix-la-Chapelle mais sur le quai de la gare, il changea subitement d’avis, fit demi-tour, alla jusqu’au port et s’embaucha comme steward sur un paquebot en partance pour New York. Arrivé sur place, il profita du fait qu’il était en uniforme pour s’enfuir du navire, alla vendre ses vêtements chez le premier fripier et s’embaucha comme plongeur dans un restaurant. Il resta un an à ce poste mais sa tuberculose récidiva. Il partit la soigner au Texas, puis au Mexique et en Californie, enfin, en 1907, contre l’avis de son médecin, à Hawaï. Il y fut aussitôt embauché comme professeur de latin et botanique, alors qu’il ne connaît rien à cette dernière matière. Mais s’arrangea pour avoir une leçon d’avance sur ses élèves et comme la botanique le passionnait, il se fit remarquer des professeurs de l’Unversité de Honolulu, fut envoyé en expédition dans les jungles locales et découvrit nombre de plantes inconnues. En moins de dix ans, il devint le meilleur spécialiste de la flore hawaïenne. On le subventionna alors pour plusieurs voyages d’études et tours du monde. Il découvrit la Chine à Hong-Kong pour la première fois en 1913. Il était devenu financièrement très à l’aise. En 1920, quand il retourna à Vienne ( uniquement de passage ) il put ainsi s’offrir la loge de l’Empereur à Vienne et se payer l’hôtel Sacher.
Ces succès rapides suscitèrent des jalousies et on prétendit qu’il avait falsifié ses diplômes. Rien n’a jamais été prouvé. Rock était de toute façon si brillant qu’en 1920, il fut engagé comme collecteur de plantes par le Département de l’Agriculture de Washington et l’unité de botanique de l’Université d’Harvard. Parallèmement, il entra au célèbre  magazine« National Geographic ». Il était aussi bon reporter qu’excellent photographe.
A partir de là, il accumule les succès: dix articles pour le National Geographic, de nombreuses expéditions périlleuses, dont celle qui le conduisit, en 1926, au pied d’un sommet inconnu du Tibet, l’Amné Machen, sur le territoires des sauvages et rebelles tribus des Goloks,. En 1930, il approche un autre sommet, le Minya Konka. A deux reprises, malheureusement, il prétendit que ces sommets étaient plus hauts que l’Everest, ce qui lui valut bien des avanies et quolibets. Expédition encore chez le roi de Muli et son royaume qui regorge d’or. Parallèlement, Rock se passionna pour la sorcellerie et, dans son petit village du Yunnan ( Nguluko) non loin de la célèbre ville de Lijiang, il découvrit  les manuscrits cryptés du peuple naxi qui peuplait cette vallée,  et les déchiffra. Il était très attaché aux Naxis.
Malheureusement, sa santé déclinant, et son caractère n’étant pas facile, il se brouilla avec Harvard et le National Geographic. Dès lors,  il devint solitaire et dépressif. Il se replia dans la région où vivaient ses chers Naxis, déclara qu’il voulait mourir chez eux et que ses cendres soient dispersées sur la Montagne du Dragon de Jade. Rock était très célèbre en Amérique mais détestait ce qu’il appelait «  la civilisation ». « L’homme blanc fera la perte de notre monde » écrit-il un jour.
Il a inspiré le personnage de Conway dans le best-seller et le film «  Horizons perdus » de James Hilton et Franz Capra ( 1937 ) . C’est aussi Rock qui est à l’origine de la légende du «  Shangri-la » de James Hilton, cette vallée perdue et paradisiaque dont les habitants ne vieilliraient jamais. Une légende sûrement née de ses collectes de plantes à vertus phytothérapiques. Du reste, un de ses élèves chinois, le Dr Ho, exerce encore dans la région et disposerait de plantes susceptibles de traiter certains cancers ( prostate, notamment)
Durant son long repli au Yunnan, Rock reçut la visite du nazi Schaëfer, qui cherchait au Tibet les preuves que la race aryenne descendait d’une race montagnarde archaïque. Il garda ses distances. Il était très conscient des dangers du fascisme, comme de ceux du communisme, ce qui l’incita à entreprendre un grand travail de préservation, dans le domaine écologique comme dans le domaine culturel ( envoi en Europe et Amérique de specimen végétaux, achat et études de manuscrits, etc. )
 Pendant la guerre de 40, comme la région était attaquée par les Japonais, Rock se retire dans une île au milieu d’un lac pour écrire son dictionnaire anglais-naxi. Comme les filles de la région étaient très libres ( c’est le célèbre « Pays des Filles » ) il eut alors plusieurs enfants secrets.  Les Tigres Volants lui parachutèrent régulièrement ses médicaments, ses conserves et sa documentation. Mais il fut rappelé en Amérique pour aider à l’effort de guerre comme cartographe. Il traverse toute la Birmanie, rejoint Calcutta. Ses malles de documentation ­(vingt ans de travail ) furent embarquées sur un cargo. Lui, il prit l’avion. Mais quand le cargo traversa le Golfe persique, il futtorpillé. Rock avait tout perdu. Il pensa au suicide. Mais au bout d’un mois, il releva la tête et, dès la fin de la guerre, repartit héroïquement pour la Chine, alors plongée dans la guerre civile ( exécutions capitales, tortures, etc. )  Malgré la maladie (  Rock souffrait de très violentes névralgies faciales ) il continua son déchiffrement des manuscrits naxis avec ses amis les vieux sorciers de la région. Il ne quitta la Chine qu’au dernier moment, quand la situation devint intenable, en août 1949.
Il demanda un visa pour retourner mourir là-bas. Il lui sera toujours refusé. La dernière fois que Rock vit la Chine, c’est en 1961 à Hong Kong ( sous mandat britannique à l’époque) . Il avait 77 ans et était très affaibli. Il vivait chez des amis à Honolulu: perpétuel nomade, il n’avait jamais  possédé de maison. Il  meurt à Hawaï d’une attaque cérébrale en décembre 1962, après avoir mis la dernière main à son dictionnaire naxi, qui sera publié après sa mort.
Beaucoup d’énigmes subsistent autour de sa vie, même s’il a été très bien étudié par une Américaine, S.B. Sutton (voir critique de son livre)  Même ses amis disaient qu’il était très difficile de percer ses secrets. Mais justement, c’est ce qui le rend passionnant.

(Olivier)